Il était une Voix...

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  • Barbara

Challenge du travail vocal et de la voix en scène

Mis à jour : 17 juil. 2018

Je reviens tout juste du Festival d'Avignon où j'ai vu un bon nombre de beaux spectacles créatifs, poétiques, passionnément engagés, drôles, émouvants et où j'ai été confrontée au courage des comédiens qui passent du 'tractage' et de la parade de rue à la scène, parfois dans plusieurs spectacles.


Il n'est pas donné à n'importe quelle voix non professionnelle ou non entraînée de se faire entendre dans une grande salle ou dans la rue par un large public, à communiquer 'à voix basse' un texte que toute une salle doit entendre, à crier sans se faire mal, parce que le lendemain il faudra tout pouvoir recommencer.

Très grands solliciteurs de la voix -autant que les chanteurs-, ces comédiens m'ont touchée par leur envie et leur énergie à communiquer avec leur public. C'est vrai, la faculté de transmettre ce que nous voulons sur scène est précieuse: nos moyens vocaux sont précieux.

Lorsqu'une difficulté vocale surgit et que l'on entreprend un travail vocal de rééducation ou de remise en équilibre des mécanismes de phonation, la question qui se pose pour les comédiens et comédiens-chanteurs de comédie musicale ou de théâtre musical est "Dois-je penser à ma technique vocale en scène?"

Est ce que c'est seulement possible, pris dans nos actions et nos cibles, happé dans notre personnage, nos changements de costume, les aléas sur scène et dans la salle?

Définissons d'abord ce que nous entendons par technique: elle est "ensemble de procédés et de moyens pratiques propres à une activité; une manière de faire pour obtenir un résultat." (Dictionnaire de français Larousse)

Tout ce que nous faisons en scène est 'technique'; j'entends par là que tout ce que nous faisons résulte de procédés et de manières de faire, que l'on parle du mouvement corporel ou du mouvement vocal (ils ne sont pas dissociés d'ailleurs...).

Ces techniques sont parfois le résultat d'un travail laborieux de prise de conscience (yoga, méditation, cours de danse, Feldenkrais, Alexander...), de cours de chant, d'exercices appliqués en cours de théâtre et puis elles résultent parfois (surtout) de nos habitudes, de mouvements intérieurs plus ou moins (in)conscients…

Nous ne voulons pas abandonner nos moyens expressifs au petit bonheur la chance, à l'intuition et à l'humeur du moment. Surtout si notre technique, nos moyens de faire, ne nous apportent pas de résultat probant à nos yeux, s'ils sont limités et entravent notre expression.

Ne désirons-nous pas nous utiliser nous-même avec discernement pour être au mieux au service de la situation sur scène?

Être présent à la situation, sentir l'effet que nous produisons sur l'action, sur les autres personnages, sentir l'effet qu'ils exercent sur nous, répondre parfaitement au moment qui EST, demande une conscience de soi et des moyens techniques d'expression 'digérés', qui nous donne la pleine mesure de l'instant 'communicatif' dans lequel nous nous trouvons.

Si nous n'en sommes pas satisfait, nous pouvons apprendre à mieux utiliser notre moyen d'expression: nous-même. Notre corps et notre voix.

Puisque ce blog s'intitule ''Il était une voix'' et non ''Il était un corps"(!), je parlerai plutôt de la voix bien que de toute évidence elle n'est pas dissociable du corps qui l'exprime, n'est ce pas!

Avoir une technique vocale en scène c'est pouvoir exprimer les moindres nuances de notre personnage sans nous blesser.

Cette technique reposera sur de bonnes habitudes comme le relâchement abdominal entraînant l'inspiration, la liberté du flux d'air, le bon accord souffle-voix dans n'importe quelle utilisation de la voix (chuchotements, aigus, voix appelée-projetée...), la stabilité notamment dans les aigus et les sons à volume élevé, l'utilisation du twang…

Pour qu'en scène ces mécanismes de phonation équilibrée soient en place, il nous faudra travailler notre technique en amont.

Il faudra de nombreuses fois répéter, répéter, répéter l'exercice et son application dans le texte, ce qui ancrera de bonnes habitudes musculaires et vocales. Ancrer ensuite les bons réflexes dans n'importe quelle situation de jeu, et en conditions quand c'est possible (en scène pendant la répétition- ou en imaginant le travail comme si nous étions sur scène) Ce travail se fera en dehors des répétitions avec les autres acteurs, où nous devrons encore penser à d'autres choses que notre voix...

Nous chercherons ensuite à associer voix, corps et personnage dans toutes les situations d'expression. Si la voix fait mal à un moment donné nous pourrons décortiquer le réflexe musculaire en place puis chercher à associer une tension apparentechez l'acteur avec un mécanisme vocal libre.

Par exemple, bien souvent les personnages passionnels nous poussent à… pousser sur la voix. Comme ce qui peut arriver dans la vraie vie... Mais alors pourquoi ne chercherions nous pas à reproduire la vraie vie sur scène? Avec la vraie difficulté de la voix qui sort à peine, personnage à bout..? Eh bien parce que ce qui distinguera l'émotion intense de l'acteur en scène à l'émotion intense qu'il vit dans sa vraie vie, c'est sa volonté de la communiquer au public: il a besoin de ses moyens vocaux et ne peux pas les mettre en danger.

"Toute l'affaire du théâtre repose sur sa capacité à transmettre une vérité à travers l'artifice" Michael Mc Callion, Royal Academy of Dramatic Art

Il y a tant de moyens de modifier et d'utiliser sa voix sainement qu'il serait dommage de ne pas s'y essayer! Travailler en amont et répéter le geste ne signifie pas être un acteur froid, artificiel ou sans 'spontanéité'. N'ayons pas peur d'un entrainement 'mécanique', si celui-ci nous mène vers plus de liberté et de conscience de soi indispensables sur le plateau, pour que notre action (physique/vocale) soit au service de nos intentions les plus infimes avec plus d'efficacité, de rapidité et de précision.

Ce travail n'est pas une mince entreprise mais il est payant- les acteurs et chanteurs qui ont souffert physiquement et moralement de leur voix forcée ou douloureuse le savent.

Doit-on penser à la technique en scène? Non, on y pense avant!

Bien sur; si nous rencontrons une difficulté devant le public, la conscience que nous avons de nous-même et de notre fonctionnement peut nous amener à corriger un mouvement musculaire inadéquat en modifiant une sensation: un relâchement plus ample de la sangle abdominale à l'inspiration par exemple, afin d'éviter la surpression au niveau de la gorge et les constrictions qui s'en suivent souvent. Être attentif un instant à nos sensations et au mécanisme de phonation en place peut-être salutaire pour tout le reste d'une scène voire de la pièce.

Travailler le plus possible en amont permet d'être plus libre en scène où il faut être à tout le reste également. Si le geste musculaire est bon en scène, alors que nous sommes en pleine action sous le regard de notre public, c'est que notre nouvelle bonne habitude est (re)devenue naturelle, et ça c'est une bonne nouvelle! Sinon, nous retravaillerons ce qui n'est pas encore réflexe.

"Nous faisons le plus beau métier du monde, il ne manquerait plus que ce soit facile."

Barbara (pas moi, celle de l'aigle Noir;)

Inutile d'en faire un crédo-juste reconnaître que le chemin est parfois difficile… et puis se mettre AU BOULOT!!! (cf RF;)

À bientôt,

Barbara




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